Amnesty International (AI) a réagi hier à l’encontre du président dominicain Luis Abinader, en lui déclarant que « faire l’impasse sur la critique ne met pas fin aux violations des droits humains » et en l’appelant une nouvelle fois à mettre un terme immédiat à ses politiques migratoires qu’elle qualifie de « racistes et discriminatoires », qu’elle estime appliquées à l’encontre des Haïtiens dans le pays.
Cette déclaration de l’organisation intervient suite aux propos d’Abinader qui a affirmé que AI « n’a aucune légitimité morale » pour remettre en question sa politique relative à la migration irrégulière des Haïtiens dans la République dominicaine.
Les déclarations du président hier « confirment la stratégie du gouvernement dominicain, qui consiste à esquiver les graves accusations de violations des droits humains que nous formulons », a indiqué un porte-parole d’AI. Selon lui, au lieu d’aborder ces accusations sérieuses, « le gouvernement se rabat sur une prétendue narration de l’unité nationale bâtie sur l’exclusion des Haïtiens, dans le but de justifier son manquement à ses obligations internationales en matière de droits humains », a-t-il ajouté.
Piquer a précisé que AI a formulé un ensemble de recommandations dans le cadre d’un dialogue que, sur demande d’Abinader, le Conseil économique et social (CES) a été invité à organiser, afin de discuter de la crise haïtienne et de ses conséquences pour la République dominicaine, qui partage avec Haïti l’île de Hispaniola, cette dernière étant plongée depuis plusieurs années dans une crise profonde.
Cependant, il a souligné qu’à ce jour, aucune réponse leur a été donnée. Il a donc réitéré l’appel d’AI à l’attention du gouvernement dominicain, en lui demandant « de mettre fin immédiatement à ses politiques migratoires racistes et discriminatoires, de cesser les expulsions collectives, de rétablir la nationalité des Dominicains d’origine haïtienne et d’assurer des voies légales, sûres et accessibles pour l’entrée, le séjour et la régularisation des migrants ».
L’organisation a également exigé la révocation du protocole de santé qui lie l’accès aux services médicaux pour les Haïtiens en situation irrégulière à leur expulsion, qualifiant cette mesure de « mettant des vies en danger et violant le droit à la santé », comme l’a souligné AI dans son rapport.
Au mois d’octobre 2024, le gouvernement dominicain a mis en œuvre un plan de déportation visant à rapatrier 10 000 Haïtiens chaque semaine, dans le but de contrôler la migration irrégulière. Par ailleurs, en avril dernier, Abinader a annoncé quinze nouvelles mesures contre la migration depuis Haïti, notamment une qui concerne les établissements hospitaliers publics, impactant particulièrement les femmes enceintes et les mères en travail.
Selon les chiffres de la Direction générale de la migration (DGM), 184 001 Haïtiens en situation irrégulière ont été expulsés lors du premier semestre de l’année, avec 30 757 d’entre eux en juin.