Venezuela dirigée par les États-Unis bouleverse l’exceptionnalisme dominicain

Par Jonathan Joel Mentor | @jonathanjmentor

Pourquoi l’Innovation, le Capital-Risque et les Startups dominicains doivent bouger avant que la région ne se réévalue

Pendant deux décennies, la République dominicaine a été le pari sûr de la région. L’alternative stable. La plateforme fiable. L’économie mature dans un voisinage tourmenté.

Cette ère touche à sa fin.

Pas avec du drame. Pas avec des annonces. Avec du capital, de la vitesse et une gravité géopolitique.

Une renaissance vénézuélienne n’est plus théorique. Elle est structurelle. Et lorsque les États‑Unis mobilisent tout leur appareil économique sur un pays, cela n’arrive pas en douceur. Cela arrive à la vitesse américaine.

La République dominicaine n’est pas préparée à cette réalité.

Punta Bergantín : De la « Silicon Beach » au risque stratégique

Punta Bergantín n’était pas commercialisée comme un autre corridor de villégiature.

Elle était présentée comme autre chose. Un développement de nouvelle génération. Une « Silicon Beach du Sud Global ». Une zone économique axée sur l’innovation.

Pourtant, dans l’exécution, le signal a été sans équivoque.

Des contrats hôteliers.

Des annonces de complexes touristiques.

Une infrastructure touristique.

Où se trouve la stratégie tangible d’innovation dominicaine intégrée à Punta Bergantín ?

Où est l’infrastructure de capital-risque ?

Où sont les plateformes opérationnelles pour startups, les pipelines de propriété intellectuelle, les systèmes d’intégration entre entreprises et startups ?

Où sont les métriques d’innovation avec des retombées économiques ?

Ce n’est pas une critique stylistique. C’est une critique stratégique.

Lorsque un développement se présente comme axé sur l’innovation et s’exécute comme un tourisme conventionnel, deux choses se produisent :

  1. La différenciation du projet s’effondre.
  2. La crédibilité du pays en tant que destination d’innovation se dégrade silencieusement.

Cette deuxième conséquence est la plus dangereuse.

Car le capital international, les partenaires institutionnels et les opérateurs sérieux ne répondent pas aux slogans. Ils répondent à une structure. Si Punta Bergantín devient simplement un autre asset côtier magnifiquement construit, alors la République dominicaine a manqué une opportunité générationnelle de réarchitecturer son modèle économique.

Dans la prochaine phase de la concurrence régionale, l’architecture comptera plus que l’esthétique.

Cabo Rojo, Samaná, et le mirage de l’avantage perpétuel

De Punta Bergantín à Cabo Rojo puis à Samaná, le récit de développement national demeure inchangé :

Plus d’hôtels.

Plus d’aéroports.

Plus de marinas.

Plus de biens immobiliers.

Le même manuel. De nouvelles coordonnées.

Le développement n’est pas le problème. L’exclusivité l’est.

Car pendant que la République dominicaine déverse des milliards dans des actifs physiques, les États‑Unis se préparent à réindustrialiser, à re-capitaliser et à ré-ingénier l’économie du Venezuela avec une échelle et une vitesse que les Caraïbes n’ont pas vues depuis une génération.

Les ports peuvent être égalés.

Les routes peuvent être suréquipées.

Les complexes touristiques peuvent être copiés.

Les systèmes d’innovation ne peuvent pas.

La propriété intellectuelle exportable ne peut pas.

Les plateformes numériques ne peuvent pas être improvisées.

C’est ici que l’exception dominicaine se brise.

La fin du laissez-passer régional

Pendant des années, la République dominicaine a bénéficié d’une asymétrie régionale :

Venezuela était paralysé.

Cuba était isolé.

Nicaragua était instable.

Haïti était en train de s’effondrer.

Le capital, les sièges, le talent et l’ambition affluaient ici par défaut.

Ce n’était pas un génie stratégique. C’était la gravité géopolitique.

La gravité bouge.

À mesure que le Venezuela rouvrira, il ne se contentera pas de se remettre en marche. Il réévaluera et redéfinira l’économie des Caraïbes à une échelle et avec une vitesse que la région n’avait pas vues depuis longtemps. Et les entreprises américaines ne viendront pas avec des changements marginaux. Elles apporteront de l’ampleur, de la discipline, des procédés et de la vitesse.

Quand Cuba suivra — et cela arrivera — la densité compétitive se multipliera à nouveau.

L’économie dominicaine n’a pas prévu ce scénario.

Nearshoring et semi-conducteurs : tactique, non stratégique

Oui, la République dominicaine a pris des mesures intelligentes en matière de nearshoring.

Oui, l’assemblage de semi-conducteurs et la fabrication avancée constituent des évolutions positives.

Ils méritent d’être reconnus.

Mais ce ne sont que des actifs physiques.

Ils dépendent encore de l’arbitrage travail. Ils restent replicables par tout pays offrant des incitations et une stabilité.

Le nearshoring est un avantage tactique. L’innovation est une survie stratégique.

Dans une région où le Venezuela offrira bientôt l’échelle, le talent, l’énergie et l’élan soutenu par les États‑Unis, la fabrication seule ne distinguera pas la République dominicaine. Elle la maintiendra seulement dans la course.

Le prochain cycle ne sera pas gagné par celui qui construit des usines. Il sera gagné par celui qui possède des plateformes, des données et des systèmes.

Le point aveugle structurel de l’innovation dominicaine

Le modèle de développement dominicain reste ancré dans :

Le tourisme.

La construction.

Les zones franches.

L’infrastructure.

L’immobilier.

Ce sont des piliers. Ce ne sont pas des moteurs.

Ce qui manque encore, c’est une véritable architecture de l’innovation comme secteur économique dominicain.

Pas de programmes pour la jeunesse.

Pas de hackathons.

Pas d’incubateurs isolés.

Pas d’initiatives de bien social.

Un véritable économie d’innovation comporte :

  • une architecture de capital-risque
  • des normes opérationnelles pour startups
  • des passerelles d’intégration entre entreprises et startups
  • des pipelines de propriété intellectuelle numérique exportables
  • des infrastructures de données
  • et une gouvernance professionnelle

Aujourd’hui, les startups dominicaines continuent d’être traitées comme des projets, pas comme des véhicules.

Les entrepreneurs dominicains restent célébrés culturellement, mais sous‑assurés structurellement.

Le capital-risque dominicain demeure fragmenté, superficiel et largement déconnecté des infrastructures opérationnelles.

Ceci n’est pas un problème de talents. C’est un problème d’architecture.

Le risque lié au talent que nul ne modélise

Voici la partie qui est systématiquement sous-estimée.

La diaspora vénézuélienne en République dominicaine et à travers la région ne s’achève pas. Elle se prépare.

Ce n’est pas une vague de réfugiés à faible revenu. C’est l’une des diasporas les plus éduquées et capitalisées de l’hémisphère — ingénieurs, médecins, leaders produit, opérateurs, financiers, entrepreneurs.

Lorsque le Venezuela rouvrira, ils partiront. en volume.

Et ils emporteront avec eux :

  • l’expertise professionnelle
  • l’énergie entrepreneuriale
  • la mémoire institutionnelle
  • les relations régionales

La même dynamique — amplifiée — se produira lors de la transition Cubaine. La diaspora cubaine a passé des décennies à se préparer. Elle maîtrise des milliards de dollars de capital. Elle est intégrée à la politique, à la finance, à l’immobilier, à l’éducation et au private equity américain. Elle n’improvise pas. Elle attend.

Ce n’est pas une fuite lente des cerveaux.

C’est un vide de talents en attente.

Les visas de nomade numérique sans capacité numérique domestique ne constituent pas une stratégie. Ils exposent.

Les données ne laissent aucun doute

Soyons précis.

La République dominicaine investit moins de 0,3 % du PIB dans la R&D, contre 2–3 % dans les économies axées sur l’innovation.

La déploiement du capital-risque reste négligeable selon les standards régionaux, la majorité du capital-risque latin américain étant concentrée au Mexique, au Brésil, en Colombie et de plus en plus au Chili.

La densité des startups par habitant reste faible. Les taux de survie restent limités par l’absence d’infrastructures opérationnelles.

Pendant ce temps, la diaspora vénézuélienne compte des millions, avec une représentation disproportionnée dans les domaines STEM, la finance, la médecine et l’entrepreneuriat.

Le poids économique cubano‑américain en Floride représente à lui seul des dizaines de milliards de dollars de capital mobilisable.

Ce ne sont pas des forces abstraites. Ce sont des réalités concurrentielles.

Formalisation sans bureaucratisation

Quand je plaide pour formaliser le secteur de l’innovation, je n’appelle pas à un autre ministère. À l’heure où j’écris ces lignes, le soi-disant « Ministère de l’Innovation » a été proposé au MICM et a brûlé; on dit qu’il s’est transformé en Punta Bergantin.

Je ne préconise pas une expansion bureaucratique.

Et je ne suggère certainement pas une paralysie institutionnelle.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une Table Nationale de l’Innovation.

Une alliance public-privé qui réunisse :

  • des chefs d’industrie
  • des grands promoteurs
  • des banques et des allocateurs de capital
  • des universités
  • et des décideurs gouvernementaux

Avec un seul mandat : bâtir une économie dominicaine de l’innovation cohérente et exécutable.

Pas des panels.

Pas l’ANJE.

Pas de discours.

Pas de livres blancs.

Des objectifs réels.

Du capital réel.

Une coopération interinstitutionnelle réelle.

C’est ainsi que les économies d’innovation se construisent — à Singapour, en Israël, en Estonie, aux Émirats arabes unis. Pas par hasard. Par le design.

Ce n’est pas un problème gouvernemental. Ou un problème du secteur privé. C’est un problème de coordination.

Les développeurs façonnent la capacité nationale par l’allocation de capital.

Les banques déterminent quels avenirs seront financés.

Le gouvernement met en place la couche de coordination.

En ce moment même, ces couches ne sont pas synchronisées.

C’est le risque.

Parce que dans la prochaine phase de la concurrence régionale, les pays ne perdront pas parce qu’ils manqueraient de talents. Ils perdront parce qu’ils manqueraient de cohérence.

Ce qui doit arriver — maintenant

Si la République dominicaine veut mener plutôt que réagir, cinq choses doivent se produire simultanément :

1. Formaliser l’Innovation Dominicaine comme une industrie

Pas un programme. Pas une initiative jeunesse. Une industrie. Avec des cadres politiques, des canaux de financement, des indicateurs clés de performance et une propriété.

2. Construire une infrastructure de capital-risque, pas seulement des fonds

Le capital sans une ossature opérationnelle est décoratif. Des studios de venture, des systèmes opérationnels pour startups, des plateformes de croissance et des pipelines d’intégration entre entreprises et startups doivent exister.

3. Professionnaliser les startups dominicaines

Elles ne sont pas des expériences. Elles sont des véhicules d’exportation. Elles doivent être gouvernées, structurées et évoluées en conséquence.

4. Créer des fossés (avantages) transfrontaliers

L’avenir n’est pas la consommation dominicaine. Il est la propriété intellectuelle dominicaine exportée régionalement. Logiciels. Plateformes. Données. Processus. Méthodologie.

C’est ainsi que les petites économies se protègent des grandes.

[ Lire le livre blanc bilingue complet de Successment sur le positionnement de la République dominicaine comme capitale de l’innovation du nouveau LATAM. ]

5. Intégrer l’exécution publique et privée

L’innovation ne peut pas rester confinée dans les ministères pendant que les entreprises attendent des consultants. Elle doit être conçue comme une couche opérationnelle partagée.

Au moment où le gouvernement ou les grands développeurs décideront de commander des études McKinsey, l’avantage compétitif sera déjà perdu.

Les consultants posent des diagnostics. Les architectures défendent.

La fenêtre est courte

L’innovation prend du temps. Les ecosystems prennent des années. La culture demande de la discipline.

Le Venezuela ne va pas attendre. Cuba ne va pas attendre. Et les États‑Unis ne vont sans doute pas attendre.

La République dominicaine court le risque de faire ce qu’elle fait de mieux — construire magnifiquement — pendant que la région se réorganise autour d’elle.

Ce n’est pas de l’alarmisme. C’est du réalisme structurel.

Le pays possède le talent. Il possède les entrepreneurs. Il possède la stabilité.

Ce qui lui manque, c’est une architecture cohérente de l’innovation.

Et dans la prochaine phase de l’économie caribéenne, l’architecture comptera plus que les actifs.

Le choc arrive.

La seule question est de savoir si la République dominicaine l’absorbera de manière stratégique — ou y répondra avec désespoir.

—————————————————————————————————————

Jonathan Joel Mentor est le PDG de Successment et l’architecte du Digital Nomad Summit™, qui fait grandir les startups et pousse les institutions à évoluer. Nommé au UN World Summit Award et Lauréat du Prix d’Excellence Nationale en Exportation d’ADOEXPO. www.jonathanjmentor.co | digitalnomadsummit.co

Luis Méndez

Luis Méndez

Je m’appelle Luis Méndez, journaliste originaire de Saint-Domingue et passionné par les récits de nos territoires. Depuis plus de dix ans, je parcours les Caraïbes pour raconter les histoires qui nous rassemblent, entre mémoire, culture et actualité. À Radio Télévision Caraïbes, je m’engage chaque jour à donner la parole à celles et ceux qui font battre le cœur de nos îles.